mercredi 15 novembre 2017

Contre la réforme du travail



Dans la Plèbe Hâte, déjà va, l'ami Wrob, avec quelques camarades, s'est fendu d'un tract concernant la réforme du travail. Il y rappelle, entre autre chose, que les raisons de se mobiliser contre cette réforme ne manquent pas :
- les ordonnances vont faciliter les licenciements et dégrader les conditions de travail ;
- baisse des APL jusqu’à 60 euros par mois ;
- état d’urgence inscrit dans le droit commun qui met gravement en danger nos droits, nos libertés ;
- 150 000 contrats aidés supprimés ;
- retour au service militaire.

On lira avec profit ce tract . A diffuser comme on peut et tant qu'on veut.

vendredi 10 novembre 2017

Bei freunden sein



Frei sein (être libre) signifie originellement bei freunden sein (être auprès d'amis). Freiheit (liberté) et Freund (ami) ont la même racine. Fondamentalement, la liberté est relation. On ne se sent véritablement libre que dans une relation réussie, dans le bonheur d'être ensemble avec d'autres. 

Byung-Chul Han, Psychopolitique, Le néolibéralisme et les nouvelles techniques de pouvoir


Communauté


C'est seulement dans la communauté avec d'autres que chaque individu a les moyens de développer ses facultés dans toutes les directions. C'est donc seulement dans la communauté que la liberté personnelle est possible.

Karl Marx, Friedrich Engels, L'idéologie allemande


jeudi 9 novembre 2017

Demain, tous crétins




Apparemment, l'humanité bascule dans l'imbécillité : depuis vingt ans, les scientifiques constatent que les capacités intellectuelles ne cessent de diminuer à l'échelle mondiale. Une baisse du QI a été observée dans plusieurs pays occidentaux. À cela s'ajoute une explosion des cas d'autisme et des troubles du comportement. En cause : les perturbateurs endocriniens, ces molécules chimiques qui bouleversent le fonctionnement de la thyroïde, essentielle au développement cérébral du fœtus. Présentes dans les pesticides, les cosmétiques, les mousses de canapé ou encore les plastiques, ils nous font baigner dans une véritable soupe chimique. Aux États-Unis, chaque bébé naît ainsi avec plus de cent de ces molécules dans le sang. 

Dans Demain, tous crétins ?, Sylvie Gilman et Thierry de Lestrade traitent de l'effet de ces polluants sur notre intelligence et notre santé mentale en interrogeant des chercheurs, comme la biologiste Barbara Demeneix, spécialiste de la thyroïde, ou la biochimiste américaine Arlene Bloom, qui lutte, depuis les années 1970, contre l'utilisation des retardateurs de flammes. 

Visionnons donc la chose ici en n'oubliant pas que cette critique, toute juste qu'elle soit, n'est que partielle et que nous savons que les perturbateurs endocriniens, tout redoutables qu'ils soient, ne sont pas les seuls responsables de notre abrutissement. « Polyfactorielle, polyfactorielle ! », tel doit être l'écho de nos défiances.


lundi 30 octobre 2017

Un(e) mystique ?

 
D'un geste très oriental, Hossein Soleimani pause soigneusement son briquet sur le paquet de cigarettes avant de désigner le bout de table où Guimard est assis.
"- En voilà un qui pourrait être le paradigme de ce que nous sommes : deux ou trois manuscrits en attente, des ressources économiques aussi incertaines que mystérieuses, un zeste d'hypocondrie et un désir de révolte qui se cantonne au rythme de son clavier. Le tout, enveloppé dans un désespoir lui-même en lambeaux à force d'avoir été ressassé. Sentez-vous du talent chez cet homme ? J'ai lu son manuscrit. Cela s'appelle Les frontières du nord. Je ne sais qu'en dire. Je suis un peu gris mais je vais risquer un jugement : il a du talent, un talent des marges, un talent qui promet sans jamais se commettre avec certaines formes du réel. Regardez-le pointer son index vers la petite Paulet : il y a de la hargne chaque fois qu'il veut s'expliquer, ne serait-ce que pour défendre ses goûts en matière de vin. C'est la hargne du réprouvé. Est-il original ? Sommes-nous originaux ? Si oui, nous possédons cette originalité qu'arborent les écrivains inconnus : une morale qui voudrait se tenir en dehors de l'hypocrisie. Remarquez, je me demande si cette morale là ne constituerait pas elle-aussi un créneau. Il y a une telle demande... Ceci dit, regardez ses mains, sa façon de boire son verre de vin, cette bedaine, ce regard vif. C'est un animal à sang chaud. Un viveur un peu forcé qui jugule ses peurs sur l'écran de son ordinateur. Qu'est-ce que l'écriture pour lui ? Pour nous ? Une adhésion sincère au pouvoir de l'encre ? Allez savoir... Je ne sais plus qui disait que malgré la jungle des câbles, la forêt des antennes et des paraboles, il faut continuer à écrire dans l'espoir qu'au milieu de ce bordel quelqu'un nous lira. Une mystique ? Une solution de repli face à ce que nous prenons dans les dents ? Une lâcheté qui se dissimule derrière des imprécations ? J'aime bien le regarder : il boit comme s'il ne devait plus jamais boire. Il y a quelque chose du noyé chez Guimard. Il faut dire que je vois des noyés partout en ce moment, des femmes et des hommes submergés par l'absence de solution. Pourtant, je dois l'admettre, nous bougeons encore. Nous respirons. Nous racontons des histoires. Nous noircissons carnets et écrans à la recherche de je ne sais quoi. La vérité ? Comme vous, ce genre de mot me donne des aigreurs d'estomac. Je me sens toujours assez petit garçon quand quelqu'un les ramène sur la table. Soyons plus modestes. Je parierais que nous cherchons surtout un lecteur attentif. Quelqu'un qui mêlera ses erreurs aux nôtres pour que nous puissions donner un sens aux mots que nous avons empilé là. L'intégrité ? Regardez Guimard, il est amoureux d'Ampus, cela crève les yeux tout autant que le poids qu'il a perdu depuis qu'il la connaît. Il fait un régime, je vous l'assure ! Pourtant, je suis certain qu'il cèderait aux sirènes d'un autre éditeur si celles-ci venaient lui chanter les mirages d'une publication plus élargie. Et alors là, l'amour... Il ne resterait de son élan que l'encens qu'il n'aurait pas eu le temps de brûler." 

Les enfants de Moloch, walk in progress 

 

vendredi 27 octobre 2017

A, B et C



Les big data suggèrent un savoir absolu. Tout est mesurable et quantifiable. Les choses révèlent leur corrélations restées jusqu'ici secrètes. Le comportement humain doit lui aussi devenir exactement prévisible. On proclame un nouvel âge du savoir. Les corrélations remplacent la causalité. Le « C'est comme ça » remplace le « Pourquoi ça ? ». La quantification numérique de la réalité chasse l'esprit hors du savoir.
[...]
C'est avant tout le « concept » qui génère la connaissance. Le concept, C, comprend en lui A et B et c'est grâce à lui que sont saisis, compris A et B. Il est la relation supérieure qui contient A et B, et à partir de laquelle on peut fonder leur rapport. A et B sont ainsi les « moments d'un tiers supérieur ». La connaissance ne peut commencer qu'au niveau du concept : « Le concept, immanent aux choses elles-mêmes, est ce par quoi elles sont ce qu'elles sont, et comprendre un objet veut donc dire devenir conscient de son concept* ». Ce n'est qu'à partir du concept englobant, C, qu'il est possible de saisir et comprendre complètement la corrélation entre A et B. Les big data sont sans concept et sans esprit. Le savoir absolu que suggèrent les big data n'est que l'absolu du non-savoir.

Byung-Chul Han, Psychopolitique, Le néolibéralisme et les nouvelles techniques de pouvoir

* G.W. Hegel


mercredi 25 octobre 2017

Relier




Le totalitarisme est un nihilisme, édifié sur l'oubli et la dénégation de l'inscription de l'homme dans la nature et dans une communauté qui le précède et le forme. Si la volonté de puissance de la technoscience implique la séparation de l'homme et de la nature, la cupidité et la violence sont les traits caractérisant les hommes déculturés et rendus étrangers les uns aux autres par la contrainte et le capital. L'abstraction est déliaison, et la déliaison est la mort. La possibilité de reconstruire un "monde commun" à partir du "monde de la vie", au contraire, suppose, entre autres choses, la reconnaissance de "la nature humaine comme un matériau tout à fait brut et parfaitement indifférencié qui ne [prend] une forme reconnaissable que lorsqu'elle [est] formée par la tradition culturelle*."

Jacques Luzi, Brève relation sur le capitalisme transhumaniste et la mort. Un totalitarisme en marche.


* Margaret Mead


Un constat


Il n'y plus de beauté que dans le regard qui se tourne vers l'horrible, s'y confronte et maintient, avec une conscience entière de la négativité, la possibilité d'un monde meilleur.

Théodor Adorno, Minima moralia

jeudi 19 octobre 2017

(Notre) Disparition



Selon une étude, publiée dans la revue Plos One, et menée par un groupe de chercheurs réunis sous la bannière de l'Entomological Society Krefeld, la masse totale des insectes volants a diminué de plus de 75% en près de trente ans en Allemagne.

Menée entre 1989 et 2016, dans 96 lieu situés dans des zones dites "protégées" d'Allemagne, l'étude  montre  un  déclin  saisonnier de   76 % des insectes volants ; déclin augmentant jusqu'à 82 % lors des périodes estivales. Cette hécatombe, qui a été observée quels que soient les changements météorologiques, l'utilisation des sols ou les caractéristiques de l'habitat, serait probablement due à l'usage des pesticides dans les propriétés agricoles situées aux alentours de ces lieux.

Rappelons aux adorateurs du « progrès » que 80% de nos plantes sauvages dépendent de la pollinisation des insectes volants et que 60% des oiseaux vivent grâce à cette source de nourriture. Si ceux-ci disparaissent, nous disparaîtrons avec eux. Voilà une nouvelle preuve, s'il en fallait une, que nous avançons à grands pas vers l'abîme de notre disparition. Au regard de notre présent, nous sommes déjà certains que celle-ci ne pourra être que longue et douloureuse.


mercredi 18 octobre 2017

Hildur Guðnadóttir




Une amie musicienne nous a chaudement recommandé le travail de cette violoncelliste islandaise. Le morceau, ici livré, se nomme Elevation.

vendredi 29 septembre 2017

(Je ne suis pas) Un numéro ?


Il y a de fortes chances que cette phrase, picorée sur le site Nouvelles de sous mon front, convienne à cette nouvelle production cinématographique. Celles et ceux qui iront la voir nous le confirmeront.

Les gens disent parfois qu’on pourra estimer que le féminisme a triomphé quand la moitié des PDG seront des femmes. Il ne s’agit pas de féminisme, pour reprendre Catharine MacKinnon, il s’agit du libéralisme appliqué aux femmes. Le féminisme aura triomphé non pas lorsqu’autant de femmes que d’hommes tireront profit d’une organisation sociale oppressive, qui se nourrit de la sueur de nos sœurs, mais lorsque toutes les hiérarchies de domination, y compris économiques, seront démantelées.

Lierre Keith


jeudi 28 septembre 2017

jeudi 7 septembre 2017

Les chimpanzés du futur


Frères humains, sœurs humaines, vous avez entendu parler du transhumanisme et des transhumanistes ; d'une mystérieuse menace, groupe fanatique, société de savants et d'industriels dont l'activisme impérieux et l'objectif affiché consistent à liquider l'espèce humaine pour lui substituer l'espèce supérieure, «augmentée», des hommes-machines. Une espèce résultant de l'automachination par ingénierie génétique et hybridation électro-mécanique.

Vous avez entendu l'ultimatum cynique et provocant de ce chercheur en cybernétique : « Il y aura des gens implantés, hybridés, et ceux-ci domineront le monde. Les autres qui ne le seront pas, ne seront pas plus utiles que nos vaches actuelles au pré.» Et encore, «ceux qui décideront de rester humains et refuseront de s'améliorer auront un sérieux handicap. Ils constitueront une sous-espèce et formeront les chimpanzés du futur.»

Nous sommes les chimpanzés du futur et nous vous appelons à la résistance contre ce néo-nazisme surgi des laboratoires.

Les animaux politiques qui écrivent à l'enseigne de Pièces et main d'oeuvre combattent le transhumanisme depuis une quinzaine d'années. Ils ont déjà publié nombre de livres sur des sujets voisins, Terreur et Possession, Aujourd’hui le Nanomonde, L'Industrie de la contrainte, etc.

Pour commander Le Manifeste des Chimpanzés du futur contre le transhumanisme (14 x 20 cm - 348 pages), envoyez un chèque de 20 € (port compris), à l'ordre de :

Service compris
BP. 27
38 172 Seyssinet - Pariset cedex

mardi 5 septembre 2017

L'enfant, dit-elle...




Ce samedi matin de janvier, ma mère m’attend à la sortie de l’école. Comme les autres jours, nous remontons la rue des Boulangers mais, au lieu de nous arrêter au carrefour, nous prenons à gauche dans la rue Monge. Je me retourne et aperçois un camion de déménagement garé en bas de notre immeuble. Ma mère serre ma main dans la sienne. Je n’ai pas envie de parler, je pense au camion, aux cartons, au salon qui demain sera à moitié vide. Je pense à mon père. Désormais, j’irai chez lui tous les mercredis soir et un week-end sur deux. Ma mère s’est organisée pour que je passe l’après-midi et la nuit chez une amie. Avant de partir, elle me dit Profite bien de ta journée, amuse-toi, essaye de penser à autre chose. Je hoche la tête mais je sais que jamais plus je ne penserai à autre chose. 

Sophie Lemp, Leur séparation

 

vendredi 1 septembre 2017

Une lettre de Nicolas



C’est ainsi que, plongé dans cette vulgaire existence, je tâche d’empêcher mon cerveau de se moisir, je donne ainsi carrière à la malignité de la fortune qui me poursuit ; je suis satisfait qu’elle ait pris ce moyen de me fouler aux pieds, et je veux voir si elle n’aura pas honte de me traiter toujours de la sorte. Le soir venu, je retourne chez moi, et j’entre dans mon cabinet, je me dépouille, sur la porte, de ces habits de paysan, couverts de poussière et de boue, je me revêts d’habits de cour, ou de mon costume, et, habillé décemment, je pénètre dans le sanctuaire antique des grands hommes de l’antiquité ; reçu par eux avec bonté et bienveillance, je me repais de cette nourriture qui seule est faite pour moi, et pour laquelle je suis né. Je ne crains pas de m’entretenir avec eux, et de leur demander compte de leurs actions. Ils me répondent avec bonté ; et pendant quatre heures j’échappe à tout ennui, j’oublie tous mes chagrins, je ne crains plus la pauvreté, et la mort ne saurait m’épouvanter ; je me transporte en eux tout entier. 

Nicolas Machiavel, lettre à Francesco Vettori 

 

jeudi 31 août 2017

La Grande Bellezza



Si nous avions été un peu refroidis par la vision de Youth, celle de La Grande Bellezza nous avait enthousiasmé pour des raisons, certes cinématographiques, mais aussi purement existentielles : dans ce film, Rome était filmée comme une déclaration d'amour, déclaration où se mêlaient morbidezza et étonnement simple, ce qui nous était allé droit au coeur. Nous laissons aux exégètes, mieux armés, le soin de disputer du talent (ou non) de Paolo Sorrentino. En ce qui nous concerne, et malgré la claire conscience de certaines longueurs, nous avons été touchés par cette beauté là.

lundi 28 août 2017

Jean-Paul Curnier (1951-2017)

 
J’écris ces lignes sur un support qui ne me survivra pas et je songe à ces mots de Jean-Paul Curnier : « Pourquoi parler encore quand, tout autour de nous, l’implacable douceur d’un sommeil hypnotique nous invite au repos d’un langage sans effraction, quand, chaque jour et en toute occasion, se mesure au vide des discours le prodigieux affaissement de la pensée qu’exige en retour le consensus contemporain ?[…] En ces temps de communication, parler à quelqu’un est devenu l’exercice le plus solitaire qui soit, et l’espoir s’effondre un peu plus chaque jour de sortir d’un dialogue autrement qu’on y est entré

Jean-Paul Curnier est mort le 5 août dernier d'un cancer. Il avait 66 ans. Il fut mon professeur à l'université. Le seul, lors des grèves de novembre 86, à avoir tenté de nous rendre l’intelligence de notre révolte.

On peut lire de lui : 

. L'écologie politique au miroir
. Manifeste
. Aggravation 1989-2001
. A vif



vendredi 28 juillet 2017

Google


"Au cours des trois mois écoulés depuis que Google a mis en œuvre les modifications apportées à son moteur de recherche, moins de personnes ont eu accès aux sites d’information de gauche et anti-guerre. Sur la base des informations disponibles sur les analyses d’Alexa, d’autres sites qui ont subi des baisses dans le classement incluent WikiLeaks, Alternet, Counterpunch, Global Research, Consortium News et Truthout. Même les groupes de défense des droits démocratiques tels que l’Union américaine pour les libertés civiles et Amnesty International semblent avoir été touchés."

On est pas toujours d'accord avec le site du Grand Soir dont les effluves, parfois un peu raides de la nuque, hérissent notre odorat. Quoi qu'il en soit, on trouvera sur celui-ci un article sur les manoeuvres de Google pour limiter l'accès au site dits "de gauche". On vous laisse faire votre opinion...


lundi 17 juillet 2017

La folie est un château assiégé par le vide



Quand
les étendards du néant grondent
devant ma porte
je sors mon carnet
pour comptabiliser ses troupes
et calculer les possibilités de la défaite

je reconnais de vieux ennemis
quelques silhouettes
qui
il n’y a pas si longtemps
foulaient le sol
de ma cuisine
en sifflotant

j’ai l’habitude
je classe mes notes
allume un cigare
et attends la nuit
en vieux pro de l’effondrement.

13.03.07 pour Y.




jeudi 13 juillet 2017

Petit viatique de l'honnête homme (12)





Je me dore




(...) mes amours je les ai sur le bout de la langue
elles me reviennent à chaque frontière
langues mortes
langues de vipère
langues familières
la fermer, se taire
l'ouvrir
ça va sans dire
désormais je me dore
à tes rires
je me dore à tes nerfs
désormais je me dore
à l'endroit à l'envers
à la chaleur humaine (...)

Alain Bashung, Je me dore


lundi 10 juillet 2017

L'anéantissement


Le Monde publie les résultats d'une étude menée par deux chercheurs, Gerardo Ceballos de l'université nationale autonome du Mexique et Paul Ehrlich de l'université de Stanford, sur l'anéantissement des animaux. Nous vous livrons ici quelques extraits de l'article

« C’est ce qu’ils nomment « un anéantissement biologique ». Dans une étude très alarmante, publiée lundi 10 juillet dans les Proceeding of the National Academy of Sciences (PNAS), des chercheurs américains et mexicains concluent que les espèces de vertébrés reculent de manière massive sur Terre, à la fois en nombre d’animaux et en étendue. Une « défaunation » aux conséquences potentiellement « catastrophiques » pour les écosystèmes et aux sérieux impacts écologiques, économiques et sociaux. »

« Les disparitions d’espèces ont été multipliées par 100 depuis 1900, soit un rythme sans équivalent depuis l’extinction des dinosaures il y a 66 millions d’années. »
 
« En 2016, la planète ne comptait que 7000 guépards et 35000 lions africains (− 43 % depuis 1993). Les populations d’orangs-outans de Bornéo ont chuté de 25 % ces dix dernières années, pour atteindre 80 000 individus, tandis que celles de girafes ont diminué de 115 000 spécimens en 1985 à 97 000 en 2015. Celles de pangolins ont tout simplement été décimées. »

« Parmi les 177 espèces de mammifères scrutées plus spécifiquement par l’étude, 40 % ont perdu 80 % de leur aire de répartition historique depuis 1900. »

« Au total, plus de 50 % des animaux ont disparu depuis quarante ans, estiment les scientifiques, qualifiant leurs résultats de « prudents ». Des conclusions qui confirment celles du dernier rapport « Planète vivante » publié en octobre 2016 par le WWF : il concluait que les populations de vertébrés ont chuté de 58 % entre 1970 et 2012. »


Viva la revolucion social !



L'été est propice à la remémoration des bonnes choses avec, notamment, ce documentaire sur la révolution sociale en Espagne de 1936 à 1939.

mardi 4 juillet 2017

La grande liquidation


Glanée sur le site Le vent se lève cette analyse éclairante - et qui sait nous rappeler certaines "banalités de base - de notre avenir possible et macronien ainsi que du rôle de l'Europe dans notre malheur présent. 

Frédéric Farah, économiste, et auteur d’Europe, la grande liquidation démocratique, est ici interrogé par l'équipe du Vent se lève.

"Imposer à la cinquième puissance du monde [la France] une mise sous tutelle comme la Grèce, c’est irrecevable. La Grèce est la première colonie de la dette ; la société a été brutalisée comme jamais depuis la fin de la guerre civile en Grèce. En France, je pense que cette thérapie de choc peut être apportée non pas de l’extérieur, mais de l’intérieur. Comme le disait Galbraith, Macron représente en France la “Troïka de l’intérieur”. On se retrouverait avec une troika de l’intérieur : c’est Macron et son gouvernement technique. On ne peut pas apporter en France, comme en Grèce, des experts du FMI en cravate dans les hôtels parisiens pour importer leur politique. En revanche, on peut l’imposer de l’intérieur. 
 
Je relisais le contenu du mémorandum de 2010 sur les modification du droit grec du travail ; ce qui est souhaitable dans ce mémorandum, c’est que les accords d’entreprise priment sur les accords de branche, que les procédures de licenciement soient allégées; on retrouve les mêmes attendus dans le programme de Macron.

Macron, c’est la “Troïka de l’intérieur” ; son but est de réduire l’Etat social, c’est de mettre en place ce que Noëlle Burgi nomme “l’Etat social minimal”, avec la transition de notre régime social de l’assurentiel vers l’existentiel. Cette purge-là, c’est le gouvernement technique de M. Macron qui va essayer de la mettre en oeuvre, par des mesures dures à l’égard de la population, du droit du travail, par de l’austérité. Il va le faire prudemment, car il est conscient du rapport de force. Mais la volonté de M. Macron d’obtenir l’assentiment de l’Allemagne peut nous amener, non pas à une “stratégie du choc” à la grecque, mais à un remaniement profond de la protection sociale et du droit du travail; à moins qu’entre-temps n’arrive l’inattendu, une secousse qui emporterait la zone reuro et qui viendrait d'Italie."

lundi 3 juillet 2017

Quelque chose d'écrit




Lu et relu avec autant de bonheur que de profit : Quelque chose d'écrit d'Emanuele Trevi est d'abord le récit du travail qu'effectua l'auteur à Rome, au fond Pasolini, sous la folle férule de Laura Betti, amie et comédienne de Pier Paolo Pasolini. Laura Betti à qui nous devons la conservation de la mémoire et du travail du cinéaste et poète italien. Description acérée, mais non dénuée de tendresse et d'humour, de l'excessive Betti, Quelque chose d'écrit dessine aussi - et comment pourrait-il en être autrement ? -, le portrait de PPP et de son dernier texte Pétrole. Trevi livre ici une manière d'état des lieux de la geste de PPP et constitue, par là-même, une des introductions les plus brillantes que nous connaissons à Pétrole, dont la rédaction fut interrompue par l'assassinat de PPP dans la nuit du 1er au 2 novembre 1975 sur une plage d'Ostie. 


lundi 19 juin 2017

La confrérie des chemins noirs



Un mien ami m'a envoyé cette citation tirée de l'ouvrage d'un auteur que je n'apprécie pas particulièrement : Sylvain Tesson. Son livre Dans les Forêt de Sibérie, seul ouvrage lu alors, m'avait semblé surévalué par la critique et les lecteurs et bien en-dessous, dans le même genre, des Lettres de Gourgounel de Kenneth White. Pourtant, je dois avouer que dans ces quelques lignes tirées de Sur les chemins noirs, Tesson ne manque pas son coup ou, comme le remarque mon camarade, ne serait pas désavoué par un taoïste.

« Un rêve m'obsédait. J'imaginais la naissance d'un mouvement baptisé confrérie des chemins noirs. Non contents de tracer un réseau de traverse, les chemins noirs pouvaient aussi définir les cheminements mentaux que nous emprunterions pour nous soustraire à l'époque. Dessinés sur la carte et serpentant au sol ils se prolongeraient ainsi en nous-mêmes, composeraient une cartographie mentale de l'esquive. Il ne s'agirait pas de mépriser le monde, ni de manifester l'outrecuidance de le changer. Non ! Il suffirait de ne rien avoir de commun avec lui. L'évitement me paraissait le mariage de la force avec l'élégance. Orchestrer le repli me semblait une urgence. Les règles de cette dissimulation existentielle se réduisaient à de menus impératifs : ne pas tressaillir aux soubresauts de l'actualité, réserver ses colères, choisir ses levées d'armes, ses goûts, ses écoeurements, demeurer entre les murs de livres, les haies forestières, les tables d'amis, se souvenir de morts chéris, s'entourer des siens, prêter secours aux êtres dont on avait connu le visage et pas uniquement étudié l'existence statistique. En somme, se détourner. Mieux encore ! Disparaître. « Dissimule ta vie », disait Epicure dans l'une de ses maximes... »


jeudi 15 juin 2017

Un tribut à Moloch


Au travail (je dois payer mon loyer et me nourrir, pauvres prétextes, pas si pauvres que ça, pour qui n'ose affronter la déqualification sociale), j'ai dû m'entretenir avec une femme dévorée par des mots qui ne lui appartenaient pas. Regard las, maigre, la langue mâchée par d'autres, elle a récité sa fable pendant que, de l'autre côté de la table, je ne savais comment prendre mes notes. 

Dans son histoire, « le passé bâtissait l'avenir en s'appuyant sur les forces du présent ». Son index tâché de nicotine - je l'avais surprise, dans la cour, en train de terminer une cigarette – allait et venait sur l'accoudoir en skaï de son fauteuil à la façon d'un enfant égaré. Chacun de ses verbe était un autocollant, une banderole déjà usée avant d'avoir été déployée. Sa grammaire et ses arguments, morts d'avoir trop gonflé leurs muscles, avaient bâti un mur entre elle et moi, et l'idée qu'elle se faisait d'elle-même. 

Dans ce bureau où s'empilaient des dossiers - la dématérialisation, pourtant mainte fois prônée, avait démultiplié le papier -, l'âme importait peu pour qui la laisse se transformer en rouage. Nous avons bourdonné comme des mouches pendant quelques minutes, puis, chacun ayant payé son tribut à Moloch, nous nous sommes levés et salués, aussi pressés l'un que l'autre de quitter le lieu de notre défaite.

lundi 12 juin 2017

Rabelais, notre père


"En ces temps sinistres de politicaillerie nauséabonde, faites aux salopards confits en sacristie qui croient puiser impunément dans les caisses de l’État pour leur usage personnel le coup du père François : lisez jusqu’à plus soif Rabelais, qui a pour nous soulevé bien des lièvres, notamment dans son récit de la Guerre Picrocholine aux chapitres XXV à LI de Gargantua, et par avance mis en lumière bien des offenses sans les pardonner aucunement. C’était il y a longtemps. C’est aujourd’hui. Vade retro, Satanas !", conclut bonnement Maurice Mourrier dans son article Rabelais, notre père que l'on pourra lire, in extenso, dans l'excellent site En attendant Nadeau.

jeudi 8 juin 2017

Psychopathologie de la non-vie quotidienne



Dans La Fausse conscience (1962), Joseph Gabel, le premier, analyse d'un point de vue clinique et politique le processus de schizophrénisation de la vie quotidienne. A partir de son observation d'enfants spatialisant les évènements de leur vie sans jamais les inscrire dans une temporalité, il en vient à définir le mode de vie spectaculaire comme extérieur au temps chronologique et à l'histoire, comme une reproduction à l'identique du même instant non vécu

Dans Manuel de survie (1974), le théoricien et poète italien Giorgio Cesarano remarque que le caractère profondément nihiliste du capitalisme contemporain le pousse à organiser un vaste ensemble de communautés thérapeutiques où toutes les quêtes identitaires, religieuses et culturelles sont instrumentalisées et participent à la guerre de tous contre tous. 

Dans La Vie innommable (1993), Michel Bounan rend évident le lien qui unit la souffrance psychique contemporaine et l'appauvrissement du langage : l'incapacité à comprendre son monde induit une incapacité à nommer son mal. 

Ces trois constats définissent les termes d'une psychopathologie de la non-vie quotidienne, entretenue et préméditée par le pouvoir spectaculaire. Par une vraie stratégie de déréalisation, ce pouvoir généralise les tendances paranoïaques et schizophréniques des population sous son contrôle et génère de nouvelles pathologies qui sont le résultat direct de la confusion, entretenue et préméditée, entre le réel et l'imaginaire, la vérité et le mensonge. Qu'elle soit cachée et honteuse, visible et revendiquée, la maladie mentale se développe partout comme la forme nouvelle du lien social. Elle est le signe maladif d'une crise de la représentation et préfigure une violente crise de civilisation.

Jordi Vidal, Traité du combat moderne, Films et fictions de Stanley Kubrick

mercredi 7 juin 2017

La guerre contre le peuple



Jeff Halper nous cause de la guerre contre le peuple dans l'un des blogs de Médiapart en nous disant, entre autre chose, que : " La pacification, « rendre sûre l’insécurité », qui fait partie intégrante de l’accumulation par dépossession, est le but ultime du capitalisme. L’objectif est de rendre les peuples du monde incapables de résister à la puissance du marché et au règne des classes dominantes."

mercredi 31 mai 2017

Hypocrisie (rien de nouveau sous le soleil)


Comme l'écrivent, à leur façon, Anne Brunner et Louis Maurin de l’Observatoire des inégalités dans leur Rapport sur les inégalités en France, édition 2017 : "L’hypocrisie doit cesser. Les inégalités de revenus progressent parce que les plus favorisés en veulent toujours plus. Soit on assume le phénomène, soit on se donne les moyens d’une plus grande solidarité."
Et l'article commentant ce rapport de poursuivre : "Le tableau des inégalités brossé par la seconde édition du Rapport sur les inégalités en France ne pousse pas à l’optimisme. Les classes favorisées, gourmandes, en veulent « toujours plus ». Rien de nouveau, mais le refus de voir les inégalités sociales dont sont victimes les classes populaires, l’exploitation des travailleurs flexibles, la précarité et le chômage des non-diplômés, conduit à une exaspération qui s’exprime dans les urnes."