lundi 17 juillet 2017

La folie est un château assiégé par le vide



Quand
les étendards du néant grondent
devant ma porte
je sors mon carnet
pour comptabiliser ses troupes
et calculer les possibilités de la défaite

je reconnais de vieux ennemis
quelques silhouettes
qui
il n’y a pas si longtemps
foulaient le sol
de ma cuisine
en sifflotant

j’ai l’habitude
je classe mes notes
allume un cigare
et attends la nuit
en vieux pro de l’effondrement.

13.03.07 pour Y.




jeudi 13 juillet 2017

Petit viatique de l'honnête homme (12)





Je me dore




(...) mes amours je les ai sur le bout de la langue
elles me reviennent à chaque frontière
langues mortes
langues de vipère
langues familières
la fermer, se taire
l'ouvrir
ça va sans dire
désormais je me dore
à tes rires
je me dore à tes nerfs
désormais je me dore
à l'endroit à l'envers
à la chaleur humaine (...)

Alain Bashung, Je me dore


lundi 10 juillet 2017

L'anéantissement


Le Monde publie les résultats d'une étude menée par deux chercheurs, Gerardo Ceballos de l'université nationale autonome du Mexique et Paul Ehrlich de l'université de Stanford, sur l'anéantissement des animaux. Nous vous livrons ici quelques extraits de l'article

« C’est ce qu’ils nomment « un anéantissement biologique ». Dans une étude très alarmante, publiée lundi 10 juillet dans les Proceeding of the National Academy of Sciences (PNAS), des chercheurs américains et mexicains concluent que les espèces de vertébrés reculent de manière massive sur Terre, à la fois en nombre d’animaux et en étendue. Une « défaunation » aux conséquences potentiellement « catastrophiques » pour les écosystèmes et aux sérieux impacts écologiques, économiques et sociaux. »

« Les disparitions d’espèces ont été multipliées par 100 depuis 1900, soit un rythme sans équivalent depuis l’extinction des dinosaures il y a 66 millions d’années. »
 
« En 2016, la planète ne comptait que 7000 guépards et 35000 lions africains (− 43 % depuis 1993). Les populations d’orangs-outans de Bornéo ont chuté de 25 % ces dix dernières années, pour atteindre 80 000 individus, tandis que celles de girafes ont diminué de 115 000 spécimens en 1985 à 97 000 en 2015. Celles de pangolins ont tout simplement été décimées. »

« Parmi les 177 espèces de mammifères scrutées plus spécifiquement par l’étude, 40 % ont perdu 80 % de leur aire de répartition historique depuis 1900. »

« Au total, plus de 50 % des animaux ont disparu depuis quarante ans, estiment les scientifiques, qualifiant leurs résultats de « prudents ». Des conclusions qui confirment celles du dernier rapport « Planète vivante » publié en octobre 2016 par le WWF : il concluait que les populations de vertébrés ont chuté de 58 % entre 1970 et 2012. »


Viva la revolucion social !



L'été est propice à la remémoration des bonnes choses avec, notamment, ce documentaire sur la révolution sociale en Espagne de 1936 à 1939.

mardi 4 juillet 2017

La grande liquidation


Glanée sur le site Le vent se lève cette analyse éclairante - et qui sait nous rappeler certaines "banalités de base - de notre avenir possible et macronien ainsi que du rôle de l'Europe dans notre malheur présent. 

Frédéric Farah, économiste, et auteur d’Europe, la grande liquidation démocratique, est ici interrogé par l'équipe du Vent se lève.

"Imposer à la cinquième puissance du monde [la France] une mise sous tutelle comme la Grèce, c’est irrecevable. La Grèce est la première colonie de la dette ; la société a été brutalisée comme jamais depuis la fin de la guerre civile en Grèce. En France, je pense que cette thérapie de choc peut être apportée non pas de l’extérieur, mais de l’intérieur. Comme le disait Galbraith, Macron représente en France la “Troïka de l’intérieur”. On se retrouverait avec une troika de l’intérieur : c’est Macron et son gouvernement technique. On ne peut pas apporter en France, comme en Grèce, des experts du FMI en cravate dans les hôtels parisiens pour importer leur politique. En revanche, on peut l’imposer de l’intérieur. 
 
Je relisais le contenu du mémorandum de 2010 sur les modification du droit grec du travail ; ce qui est souhaitable dans ce mémorandum, c’est que les accords d’entreprise priment sur les accords de branche, que les procédures de licenciement soient allégées; on retrouve les mêmes attendus dans le programme de Macron.

Macron, c’est la “Troïka de l’intérieur” ; son but est de réduire l’Etat social, c’est de mettre en place ce que Noëlle Burgi nomme “l’Etat social minimal”, avec la transition de notre régime social de l’assurentiel vers l’existentiel. Cette purge-là, c’est le gouvernement technique de M. Macron qui va essayer de la mettre en oeuvre, par des mesures dures à l’égard de la population, du droit du travail, par de l’austérité. Il va le faire prudemment, car il est conscient du rapport de force. Mais la volonté de M. Macron d’obtenir l’assentiment de l’Allemagne peut nous amener, non pas à une “stratégie du choc” à la grecque, mais à un remaniement profond de la protection sociale et du droit du travail; à moins qu’entre-temps n’arrive l’inattendu, une secousse qui emporterait la zone reuro et qui viendrait d'Italie."

lundi 3 juillet 2017

Quelque chose d'écrit




Lu et relu avec autant de bonheur que de profit : Quelque chose d'écrit d'Emanuele Trevi est d'abord le récit du travail qu'effectua l'auteur à Rome, au fond Pasolini, sous la folle férule de Laura Betti, amie et comédienne de Pier Paolo Pasolini. Laura Betti à qui nous devons la conservation de la mémoire et du travail du cinéaste et poète italien. Description acérée, mais non dénuée de tendresse et d'humour, de l'excessive Betti, Quelque chose d'écrit dessine aussi - et comment pourrait-il en être autrement ? -, le portrait de PPP et de son dernier texte Pétrole. Trevi livre ici une manière d'état des lieux de la geste de PPP et constitue, par là-même, une des introductions les plus brillantes que nous connaissons à Pétrole, dont la rédaction fut interrompue par l'assassinat de PPP dans la nuit du 1er au 2 novembre 1975 sur une plage d'Ostie. 


lundi 19 juin 2017

La confrérie des chemins noirs



Un mien ami m'a envoyé cette citation tirée de l'ouvrage d'un auteur que je n'apprécie pas particulièrement : Sylvain Tesson. Son livre Dans les Forêt de Sibérie, seul ouvrage lu alors, m'avait semblé surévalué par la critique et les lecteurs et bien en-dessous, dans le même genre, des Lettres de Gourgounel de Kenneth White. Pourtant, je dois avouer que dans ces quelques lignes tirées de Sur les chemins noirs, Tesson ne manque pas son coup ou, comme le remarque mon camarade, ne serait pas désavoué par un taoïste.

« Un rêve m'obsédait. J'imaginais la naissance d'un mouvement baptisé confrérie des chemins noirs. Non contents de tracer un réseau de traverse, les chemins noirs pouvaient aussi définir les cheminements mentaux que nous emprunterions pour nous soustraire à l'époque. Dessinés sur la carte et serpentant au sol ils se prolongeraient ainsi en nous-mêmes, composeraient une cartographie mentale de l'esquive. Il ne s'agirait pas de mépriser le monde, ni de manifester l'outrecuidance de le changer. Non ! Il suffirait de ne rien avoir de commun avec lui. L'évitement me paraissait le mariage de la force avec l'élégance. Orchestrer le repli me semblait une urgence. Les règles de cette dissimulation existentielle se réduisaient à de menus impératifs : ne pas tressaillir aux soubresauts de l'actualité, réserver ses colères, choisir ses levées d'armes, ses goûts, ses écoeurements, demeurer entre les murs de livres, les haies forestières, les tables d'amis, se souvenir de morts chéris, s'entourer des siens, prêter secours aux êtres dont on avait connu le visage et pas uniquement étudié l'existence statistique. En somme, se détourner. Mieux encore ! Disparaître. « Dissimule ta vie », disait Epicure dans l'une de ses maximes... »